• Chapitre I - Episode 4




    Elle ne répond rien, continue à fumer sa cigarette en essayant de paraître le plus calme possible. La voiture s'arrête enfin près de chez elle, elle ouvre la portière pour descendre. Abel lui attrape le bras :
         - Vous seriez aimable de venir faire votre déposition le plus tôt possible au 5ème Commissariat, avenue Gomes Freire. 9 heures, ça vous convient ?
         - Oui, ça ira, répond-elle dans un souffle.

    Seule chez elle, elle se jette sous la douche. Elle a besoin de se séparer de toute cette salissure qui la souille. La nuit est étouffante à tous points de vue et elle laisse longuement pulser l'eau froide sur sa peau, jusqu'à ce qu'elle frisonne. La nausée qu'elle éprouve ne passe pas. De l'armoire à pharmacie elle extrait un tube de nux vomica 9CH. Cinq granules devraient arranger tout cela rapidement. Elle s'allonge sur le lit, lumières éteintes, fenêtre grande ouverte. A l'est le ciel commence à se teinter de rosé. La tranquillité ne vient pas et le sommeil l'ignore. Soudain une vague de dégoût l'inonde. Elle se précipite dans les toilettes pour vomir dans un seul et même trait, l'alcool, son angoisse et sa peur.

    Elle n'arrivera pas à dormir ; elle se cale dans une couette et deux gros coussins devant la télé ; à 5 heures du matin pas grand-chose d'intéressant à regarder, tant mieux, parce qu'elle n'a pas la tête à ça, la dernière novela en vogue sur TV Globo ; Eden n'est pas une amatrice du genre mais ces séries télé font un carton au Brésil. Tout en essayant de trouver un peu de calme dans les histoires à l'eau de rose, de pièges et de trahisons de la série, elle pense à ce qu'elle vient de vivre cette nuit. Elle essaie de se rappeler tout ce que Brito a pu lui raconter, sur sa vie, ses anciennes petites amies ; mais rien de particulier. Evidemment, son poste de directeur du secrétariat au développement durable l'emmenait souvent loin de Rio, il partageait sa vie entre Brasilia et l'Amazonie ; c'est à l'occasion d'un de ses colloques sur le peuple Shuar, auquel participait Eden en tant qu'ethnologue, qu'ils s'étaient rencontrés.

    Pour l'heure elle aimerait bien qu'un chamane Jivaro vienne lui réduire la tête, au moins ses connaissances amazoniennes lui seraient, pour une fois, de quelque utilité. Tout ça... au moment où elle hésitait à le contacter. Bon dieu, que de complications en perspective. Voilà bien la façon dont la vie sait repasser certains plats ! Que va-t-elle bien pouvoir raconter aux flics tout à l'heure ? Ils ne vont certainement pas se contenter d'approximations. Ils auront déjà le résultat d'analyses, ils auront déjà décortiqué le contenu du sac à main. Elle ne se souvient pas si elle a touché le sac. Si... peut-être légèrement lorsqu'elle s'est approché de la femme, mais pas quand elle a pris la photo, de cela au moins elle est sûre. En revanche, elle ne mettrait pas sa main à couper que son geste soit passé inaperçu. La télé achève de la saouler. Zap et stop ! Le film des événements continue dans sa tête. Elle n'en peut plus et fond en larmes.



     


  • Commentaires

    1
    Samedi 9 Décembre 2006 à 13:25
    lecteur assidu...
    bien , bien ...))
    2
    CC
    Samedi 9 Décembre 2006 à 17:08
    ok
    l'inspecteur est donc clairement au second plan...Alors? c'est Eden elle-même qui va mener l'enquête ? Point de vue intéressant!
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